lundi 28 octobre 2013

9 Facebook ou le royaume de la frustration perpétuelle

J'adore Facebook. J'y suis inscrite depuis décembre 2004, alors j'ai eu le temps de m'y attacher. Et il faut dire que tout ma vie - bien qu'insignifiante - s'y trouve ; des photos ? oui. Mes pensées, mes réactions face à telle ou telle chose ? oui. Ce que j'aime, ce que je déteste ? encore oui.

Et puis il faut dire que pour moi qui suis exilée, c'est un formidable outil : ça me permet de garder contact avec mes gens, de les sentir proches de moi, de partager avec eux des moments privilégiés (enfin aussi privilégiés qu'ils peuvent l'être à 1000km de distance).

Mais parfois, c'est aussi un moyen très efficace pour détester les gens... et votre vie.

Je suis quelqu'un de foncièrement gentil. On dirait pas comme ça, parce que je râle beaucoup. Mais comme tout chien qui se respecte, si je grogne, je ne mords pas (enfin, sauf si je suis un cocker apparemment... oui, je me suis fait mordre par un chien il y a un peu plus d'une semaine mais je m'égare). Du coup, j'essaye de faire attention aux sentiments des gens avec qui j'échange. J'évite certains sujets de conversation, ou je bannis certaines personnes de mes statuts si j'ai vraiment quelque chose à dire sur un sujet qui peut être sensible pour certaines personnes. Quand je suis blessante, il y a deux solutions :
- ou j'ai été victime d'une amnésie temporaire ou de ma maladresse légendaire et dans ce cas-là, quand je m'en rends compte, je m'excuse
- ou je l'ai fait exprès. Mais dans ce cas-là, il est plus que probable que la personne que j'ai voulu blesser finir par virer de mes "amis" de toutes façons.

Mais la lame est à double tranchant : quand je peux blesser, d'autres peuvent me blesser aussi. La plupart du temps bien involontairement d'ailleurs. C'est arrivé l'année dernière, un peu avant noël, quand une dizaine de mes contacts ont annoncé qui leurs fiançailles, qui leurs grossesses. Des nouvelles anodines et plutôt joyeuses en principe, mais qui ont trouvé une résonance très douloureuse chez moi qui trouvais que ma vie stagnait, qui supportais mal mon isolement, mon célibat, ma mise à l'écart. Alors plutôt que de tout envoyer balader et d'effacer, comme j'en ai parfois l'envie, mon compte Facebook, je me suis protégée : j'ai fait en sorte de ne plus voir les status de ces personnes (j'ai d'ailleurs depuis remarqué que certaines personnes m'avaient supprimée de leur liste d'amis, certainement suite à mon silence concernant les accouchements. Je ne leur en veux absolument pas : j'imagine que ce doit être blessant également de ne recevoir aucun mot de félicitations à la suite d'une naissance. Enfin, là, je me contente d'imaginer, puisque ce n'est pas près de m'arriver...).

Mais pourquoi est-ce que je vous parle de tout ça ?

Vous le savez, depuis 3 ans et demi maintenant, je suis exilée. Et, ça aussi vous le savez, je m'en plains suffisamment souvent, je le vis très mal. L'éloignement de ma famille, de mes amis, de l'océan, de la vraie ville (en-dessous de 100 000 habitants, j'ai du mal), des distractions qu'elle offre ainsi que l'ennui perpétuel qui en découle sont des choses que je supporte mal depuis le début et de plus en plus mal, si c'est possible, les jours passant. Alors certes, je connais quelques personnes. Dont certaines me sont devenues très chères, d'ailleurs. Mais en-dehors de mes relations de travail, la plupart du temps (hormis une "soirée" toutes les 2/3 semaines en période faste - je n'exagère pas), je suis seule. Et je me morfonds.

Mon grand tort dans cette histoire, c'est que j'ose le dire. Le principe général et sous-entendu, sur Facebook, et de ne parler que de ce qui va très bien, histoire que les autres vous envient. Moi je le prends à contrepied. Je ne devrais peut-être pas.

Toujours est-il que quand j'ose parler de mon isolement, de mon ennui, de mon mal-être perpétuel, et que des personnes qui vivent à tout casser à 30 minutes de tout ce que je n'ai pas (ou d'une partie, je ne suis pas sectaire) me répondent qu'elles me comprennent, j'ai des envies de hurler. Quand elles déplorent un isolement alors qu'elles s'isolent d'elles-mêmes, j'ai des envies de meurtre. Quand on me suggère d'aller à tel ou tel endroit, je rêve de balancer mon ordinateur par la fenêtre. Parce que mes gens, à moi, ils sont à 13h de route (et que peu sont ceux qui ont bien voulu faire l'effort du déplacement jusqu'à moi). Parce que la mer, elle est à 2h30 de route et l'océan, à 7h. Parce que la ville, la vraie, elle est à 2h15. Et parce que si je suis encore ici, ce n'est pas de mon plein gré. Je fais ce que je peux pour en partir.

Et surtout parce que j'en souffre suffisamment toute seule, au point d'en pleurer plusieurs fois par semaine, au point d'avoir à nouveau des pulsions alimentaires que quand je reçois ces remarques, qui peuvent paraître anodines, ça me transperce le cœur encore plus sûrement qu'un poignard.

9 companion(s) so far:

Gawelle a dit…

J'aimerai trouver les mots qui, tels une baguette magique (celle d'HP tant qu'à faire), rendraient ton isolement, ton exile, plus supportable. Mais j'ai bien conscience que ce n'est pas aussi simple.
Comme tu dis, il faut y être pour comprendre. J'ai entrevu, imaginé, ce que cela pouvait être à vivre. J'en ai eu le cafard pour toi.
Je souhaite souvent que cette période se termine enfin. Un jour (oui, un putain de beau jour), tu seras heureuse dans une région qui t'épanouiera (ville et océan!!!). En attendant, j'ai bien conscience que c'est une éternité... un calvaire... En attendant, je suis là - pas toujours avec les bons mots mais là malgré tout.
Courage ma MissB. Gros bisous iodés.

Miss Bunny a dit…

Merci ma Gawelle ! quand je serai partie d'ici j'en rigolerai. Vivement !

mavisiondulivre2 a dit…

Je compatis moi c'est pareil pour les filles qui sont enceintes ou maman et encore pour moi je ne dirais pas que c'est pire mais c'est une grande frustration quand je vois que ça ne fait que 2/3 ans avec leurs copains alors que moi avec mon chéri ça fait 8 ans :/ Malheureusement on est bloqué car je ne trouve pas de CDI alors on stagne depuis 3 ans :/ Bon je n'ai pas à ma plaindre mais je voulais juste te dire que tu n'es pas si seule que ça :) Que je compatis à ta frustration car j'ai aussi des amies dans le même cas que toi :) Courage!

Miss Bunny a dit…

on est tous blessé par des propos en apparence innocents (et je sais que je ne suis pas la seule... et je suis désolée que tu sois dans ce cas aussi).

Mais franchement, c'est encore plus douloureux quand ça vient de personnes qui sont censées te connaître et qui en fait, t'enfoncent encore plus. Ca vient d'un bon sentiment... mais ça ne passe pas.

Merci et courage à toi aussi ! J'espère que tu auras bientôt ce que tu souhaites :)

Diane/joey7lindley a dit…

Je viens de lire ton billet et cela m'a rappelé des souvenirs de fac. Toute seule dans ma chambre universitaire, sans ma maman. Ben oui, c'est très con à dire car je n'étais qu'à une heure de mon chez moi, le vrai, celui qui ne me faisait pas déprimer, mais je me sentais très mal, je pleurais et j'avais hâte que chaque week-end arrive, sauf qu'il passait trop vite donc, à peine était-il là que je craignais le retour du début de semaine. Là, je me dis que pour toi, la semaine c'est ta vie de tous les jours et le week-end, sûrement une fois par an ou pas du tout :( Aussi, il est vrai que considérant ma situation actuelle, tu pourrais te dire que je ne peux pas comprendre mais, me dire que ces moments vécu sont constants pour toi me suffit à comprendre pourtant que tu dois te sentir très mal.
Je ne savais pas que l'on pouvait exclure des gens d'une publication de statut ou autre. Aussi, je me dis que je peux faire partie des gens qui ont pu t'"enfoncer", même sans s'en rendre compte. Si c'est le cas, je m'en excuse. Si tu veux que je t'enlève de certaines publications ( les photos de Liam, la nourriture et certains statuts), dis-le moi et je tacherai de faire attention.
Plein de gros bisous, de courage et j'espère, bientôt, de meilleures nouvelles pour toi.

Miss Bunny a dit…

tu es adorable de proposer ça vraiment ! mais à aucun moment tu ne m'as enfoncée, ne t'inquiète pas.
je vois en plus que tu comprends parfaitement ce que je vis et du coup, ça me réconforte un peu.
Merci pour ça :)

romanceville a dit…

Je pense que tu décris bien pourquoi je me fais de plus en plus discrète sur Facebook (que j'utilise principalement via la page de mon business ; ma page perso n'est presque jamais mise à jour). On se sent vite obligé d'être toujours là pour tout le monde, de souhaiter les anniversaires, fêter toutes les bonnes nouvelles, et quand tu as 400+ amis, ça devient vite ingérable... Alors je préfère faire la morte, que les gens dont j'ai raté l'anniversaire ou autre se disent "oh, elle ne vient presque jamais" plutôt que "pourquoi m'a-t-elle ignoré, moi ?".
Et sinon, ce que tu décris des réactions des gens quand on se plaint me fait penser à un article que j'ai osé poster il y a quelques semaines, où je constatais que je n'avais plus d'amis très proches. Des tas de gens ont débarqué pour me donner tes conseils, du style "y'a qu'à", "tu pourrais", comme si je n'y avais pas pensé moi-même, comme si je n'écrivais pas cela après avoir essayé pendant des années et m'être retrouvée face à un échec que je ne m'explique pas, comme s'il n'y avait pas des raisons pour lesquelles je ne faisais pas tout cela, comme si, dès que quelqu'un se permet de se plaindre, il faut forcément trouver des solutions pour les faire taire... Au point où j'en suis, et surtout que j'ai la chance (contrairement à toi) de ne pas vraiment en souffrir, je ne suis plus à la recherche de solutions. J'ai juste envie d'en parler, de me lâcher, de faire le point... Mais, je ne sais pas, c'est très difficile, de réagir à la détresse des autres. On se sent impuissant, alors on invente n'importe quoi pour se donner l'impression de contribuer positivement.
Je te souhaite aussi de passer au travers de ta situation actuelle et de réussir à retrouver la vie que tu te souhaites. Et je crois comme Diane qu'on peut comprendre, pas forcément par rapport à sa situation actuelle, mais par rapport au passé. Aujourd'hui, je suis heureuse. Mais j'ai été suicidaire, dépressive, boulimique et seule au monde...

Miss Bunny a dit…

je suis d'accord avec toi : c'est très difficile de réagir à la détresse des autres, et surtout de la façon appropriée. j'ai moi-même beaucoup de mal dans ce domaine. Mais en général (sauf quand on me demande clairement mon avis, et dans ces cas-là je le donne sans détours et de façon très directe), je me contente de faire savoir que je suis là, je ne donne pas de conseils, je ne donne pas de leçons (t'as qu'à, faut que... très peu pour moi). Et j'apprécie quand on me rend la pareille, plus que des conseils bienveillants qui me font plus de mal que de bien.

Contente de lire que tu es heureuse aujourd'hui... l'étape dans laquelle je me trouve (et que tu as traversée) n'est vraiment pas jojo.

S. a dit…

Beaucoup de choses ont déjà été dites et je les partage également ...
La solitude à la fac par exemple, j'ai donné aussi, je garde des souvenirs douloureux de cette époque.
Alors ma chère Miss B., juste des pensées vers toi pour un avenir meilleur !
Je t'embrasse bien fort.

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