mercredi 24 octobre 2012

11 F.B.I. (= Fausse Bonne Idée)

Y'a des fois, je me dis que mon boulot, c'est vraiment LA fausse bonne idée du siècle.

Quand on ne connaît pas, on se dit :
  • Peu d'heures de travail
  • Deux semaines de vacances toutes les 6/7 semaines
  • Deux mois en été
  • Un salaire sympa
Mouais. Dans la réalité, ça donnerait plutôt :
  • Supporter et éduquer les gamins des autres le plus clair de notre temps
  • Bosser sur nos jours de congé
  • Et pendant les vacances
  • Un été de plus en plus rogné 
  • Un salaire certes honorable compte tenu du salaire moyen et du salaire de la plupart des débutants, mais d'après moi sous-évalué
  • Une considération sociale inexistante (pour ne pas dire que tout le monde nous prend pour de la merde).
Je ne suis pas quelqu'un de fainéant : je travaille depuis que j'ai 17 ans, et j'étais en temps plein en même temps que mes études pour au moins la moitié de ce temps avant d'être prouf. Il m'est arrivé de cumuler 2 jobs. Et j'ai travaillé en restauration toute une année, avec une saison entière sans jours de congé, à bosser de 11h30 le matin jusqu'à 1h30 le lendemain matin avec pour toute pause 30 minutes (pas très légal, je sais). Je sais ce qu'est le travail.

Mais honnêtement, même si le travail et la fatigue ne sont pas les mêmes, je suis plus fatiguée par mon travail de prouf que par ce que j'ai fait en restauration.

Le travail, ce n'est pas grave, si c'était au moins gratifiant. Mais ça ne l'est pas. Je n'ai que très peu de satisfaction(s) à exercer ce métier. Rares sont les moments où je suis ravie de ce que je fais, où je m'éclate au boulot, avec les olives, où j'ai l'impression d'avancer. Au contraire, je suis constamment frustrée parce que ça ne se passe pas comme je veux, parce qu'au final je fais très peu d'anglais, et quand j'en fais, c'est au ras des pâquerettes, parce que c'est un travail routinier, répétitif, et aujourd'hui, sans attraits pour moi.

Et je me pose de plus en plus la question de savoir si je suis une bonne prouf. Alors certes, mes anciens élèves m'envoient régulièrement des petits messages trop choupis, mais (vous commencez à me connaître maintenant) ça ne m'empêche pas de douter. Et de redouter le jugement certainement proche de l'inspectour.

Alors je fouille Internet à la recherche du St Graal. Je vous l'ai dit, je me suis inscrite à l'agreg. Mais franchement, cette année, c'est compromis : vu les semaines que je me tape (4,5HS), et le fait de devoir assimiler et digérer le programme d'une matière qui n'est pas la mienne, et de devoir me dépatouiller à construire des cours dignes de ce nom, sans compter la gestion des 3 classes à exam que j'ai cette année, je n'ai eu ni le temps ni la motivation d'ouvrir ne serait-ce qu'un tout petit bouquin depuis la rentrée. Je compte tenter de me rattraper un peu pendant les vacances, mais l'agreg, ce n'est pas le capes. Et si ma façon de travailler a fonctionné pour le second, je ne crois pas qu'elle fonctionnera pour le premier. Enfin, ça me fera un entraînement pour l'an prochain.

Donc, je fouille. Je regarde le concours pour être bibliothécaire, je regarde les annonces dans le tourisme, je pense d'ailleurs à ce M2 avec option tourisme qui me permettrait peut-être d'avoir un poste sympa... Mais bon, après le problème est que je me suis habituée à mon salaire, qui, comme je vous le disait, sans être mirobolant, est quand même bien sympa pour une débutante. Est-ce que je suis prête à changer de niveau de vie et tout recommencer du début pour avoir un métier qui me corresponde plus ?

Et puis de toutes façons, l'éternelle insatisfaite que je suis est-elle sûre de trouver un métier qui me corresponde plus ? Est-ce que ce n'est pas carrément un changement de vie que je recherche ? Quelque chose qui me sorte de ma routine, qui me donne l'impression que je vis, pas que je me contente de survivre ! C'est mon grand problème ça : je n'ai pas l'impression de vivre pleinement ma vie, mais je ne sais pas comment faire pour que ce soit le cas. Je ne sais pas ce qui me manque. Et du coup je me demande si je suis même capable d'être heureuse. Est-ce que je ne devrais pas me contenter de ce que j'ai en sachant que c'est déjà plus que ce que certaines personnes ont ?

Je vous rassure hein, je ne suis pas en pleine déprime, ça va même plutôt bien. Mais ma petite cervelle se pose tout un tas de questions et je ne sais pas à qui en parler et auprès de qui demander conseil... D'ailleurs je ne sais même pas si je recherche des conseils ou si juste je cherche à trouver moi-même les réponses et que le fait de formuler ces interrogations m'y aidera (je ne suis pas sûre qu'elle soit bien française cette phrase m'enfin).

Je crois que tout ça tient un peu du fait que j'ai la bougeotte, j'ai toujours eu la bougeotte, et là, je m'encroûte et ça me démange de provoquer du changement. Et puis être confrontée constamment à des ados qui ne réalisent pas la chance qu'ils ont d'être à l'aube de leur vie, là où tes les choix sont possibles, ça me donne envie d'être comme eux. Après tout, les gens qui changent de vie et de carrière à 30 ou 40, ça existe. Et moi je viens à peine de commencer la mienne. Pourquoi est-ce que je ne pourrais pas changer ? Et pour faire quoi ? (oui, je tourne en rond).

Bon en attendant, je vais pas me laisser abattre : c'est l'heure du goûter :)


11 companion(s) so far:

Mypianocanta a dit…

Euh... comme je n'ai pas envie de faire une tartine (tu connais déjà mes propres doutes et j'adhère à tout ce que tu dis) juste : essaie le psy ! ;)

Bises ma belle (et nous vaincrons)

Miss Bunny a dit…

Hey :)
Je sais pas si un psy peut m'aider là-dessus... d'autant que de toutes façons, ici il y en avait une, et elle est partie à la retraite, donc en gros, y'en a plus (vive ma ville, j'te dis^^)

Oui, nous vaincrons !
Bises

Jules a dit…

Au Québec, on dit qu'enseigner ce n'est pas une profession, mais une vocation. Il faut être convaincu car c'est vrai que la reconnaissance est faible! J'ai fait la moitié des études pour devenir prof au primaire et j'ai abandonné... Pour cette raison j'aurai toujours du respect pour les profs de mon fils!

Miss Bunny a dit…

On le dit aussi en France, en tout cas moi , j'en suis convaincue. Mais peut-être que je me suis mal exprimée : ce qui me fatigue le plus, c'est que justement le métier de prouf ne ressemble plus à l'idée que l'on s'en fait. Maintenant, un prouf se doit de jouer le rôle du parent - car de plus en plus de parents n'assument plus leur rôle et attendent qu'on le fasse à leur place -, on doit aussi être le flic, le psy, l'animateur de colo, le clown de service... Et franchement, ce n'est pas ce que je veux faire.
Prouf des écoles, de mon point de vue, c'est encore plus dur que prouf : je ne pourrais pas le faire.

Auudrey a dit…

"Est-ce que je suis prête à changer de niveau de vie et tout recommencer du début pour avoir un métier qui me corresponde plus ?"
Bin ce n'est que mon avis (et c'est facile pour moi de dire ça, habitant encore chez papa et maman =D) mais personnellement je préférais sacrifier une partie de mon salaire pour me lancer dans un job qui me plait, que de continuer à avoir le même salaire avec un boulot qui me fait chier ^^'

C'est pas franchement la même chose (et je vais un peu raconter ma vie =D) mais avant je faisais des études pour devenir puéricultrice, il ne me restait que quelques mois avant de passer (et surement de réussir) le diplôme, mais j'ai compris que bosser avec les mioches c'est pas mon truc, et même si du coup ça m'a fait perdre deux ans, aujourd'hui je fais des études pour espérer travailler dans le milieu du livre et ça m'emballe nettement plus :D
C'est surement plus dur pour toi de prendre une décision de ce genre bien sur, mais si tu tentes autre chose tu arrivera peut être à trouver un job qui te plait plus, et si ce n'est pas le cas au moins tu aura essayé et dans 50 ans tu ne te dira pas "Merde finalement je me demande ce que ça aurait donné si j'avais changé de boulot plutôt que de rester là où j'étais" ^^

En tout cas, courage ;) :D

Miss Bunny a dit…

ça ressemble bien à ce que je pense, et de toutes façons, les gens qui me connaissent savent que je ne reste jamais longtemps dans un boulot : quand ça ne m'amuse plus, j'arrête tout simplement. Sauf que jusque là, justement j'habitais chez mes parents et je n'avais quasi pas de charge, c'était bien plus facile.

La considération ne me freinera pas longtemps si je dois vraiment changer, mais elle me freine quand même un peu plus que si j'étais toujours étudiante...

Et puis, j'ai travaillé ailleurs, j'ai laissé tomber mes bouquins, et ils m'ont manqué et j'ai délibérément choisi cette voie. Alors peut-être que je ne suis juste pas dans la bonne branche de cette voie, si tu vois ce que je veux dire...

En tout cas, merci pour ton avis :)

Chasse-mouche a dit…

Malheureusement le métier de "prouf" comme tu dis n'est plus aussi attirant qu'autrefois... Et tu as raison, l'idée qu'on s'en fait est loin, loin, loin de la réalité. Et le nombre décroissant de candidats au Capes ne fait que confirmer ce sentiment.
Et puis la société en général, les problèmes de violence envers les profs... tout ça fait que le métier est plus qu'ingrat maintenant. C'est triste, parce qu'on (tu sais, je me considère encore un peu comme une prof, même refoulée) est sensé éduquer les enfants qui seront l'avenir. Et mon Dieu qu'on en est loin !

LittleMiss a dit…

Moi je crois que tu te poses toutes ces questions parce que tu es dans un établissement qui ne te correspond pas, avec un métier qui n'est pas vraiment le tien - et je t'admire de t'improviser comme ça prouf de français!
Te posais-tu toutes ces questions quand tu avais des classes sympas?
Allez, les vacances vont te permettre de souffler. Mais je comprends tout à fait ce que tu ressens.

Miss Bunny a dit…

Chasse-Mouche > hélas...

LittleMiss > ma foi, tu as sûrement raison, il y a un peu de ça. Mais les questions, même si elles sont atténuées, sont quand même présentes...
Vive les vacances hein !

Emma Dorian a dit…

Alors là, tout à fait d'accord avec LittleMiss : cette année, je revis avec mes classes alors que l'année dernière j'étais à deux doigts de démissionner tellement je n'en pouvais plus, tellement je ne me sentais pas à ma place à faire plus la maman ou la psy que la prof !
En ce qui concerne ton envie de changement, je ne peux que comprendre, je suis pareille, j'envoie tout bouler régulièrement (vie pro, mais aussi sociale, sentimentale...). Tu pourrais continuer de réfléchir à un autre job, ça ne coûte rien de toute façon, en te laissant du temps pour voir si ces interrogations persistent. Soit, c'est un métier grâce auquel on a un salaire plus que convenable, mais je sais que je n'y resterai pas pendant 20 ans...
Bon courage, et repose-toi bien pendant ces 15 jours de vacances bien mérités !

Miss Bunny a dit…

tout pareil : même quand le boulot me plaît, je me dit que je n'y passerai pas ma vie; Merci d'avoir laissé ton avis ici, ça m'importe beaucoup.

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